La nuit est belle en hiver

La nuit tombe, et avec elle un parfum de morosité s’installe, tandis que le froid fige la nature et les hommes. Le thermomètre glace le sang des plus courageux, et chacun a multiplié les couches de vêtements techniques pour affronter neige et verglas. Mais les décorations de Noël ont fait leur apparition aux balcons, et illuminent les ténèbres. Oui, la nuit est belle en hiver.

Décembre 2016Décembre 2016

18 heures. Les voitures sont alignées sur le parking du stade, mais personne n’a encore eu le courage d’en descendre. J’enfile mes gants, ajuste ma frontale, avale une gorgée d’eau. La bouteille sera sans doute gelée à mon retour dans une heure. Il va falloir sortir, et affronter ce blizzard glacial qui n’a pas cessé de souffler de l’après-midi. J’ai hésité à venir, me disant qu’il n’y aurait personne. Les retrouvailles devant les voitures sont brèves. La buée s’échappe des lèvres, les bonnets sont enfoncés sur les oreilles. Carole trépigne en tapant dans ses mains. Émilie, d’habitude si bavarde, ne dit pas un mot. Il me tarde de démarrer la séance, peu importe la destination. Courir, pour se réchauffer, est un impératif. Je remonte mon col en polaire, tandis que Guy annonce : “On fait la Gamatte ?” Tout le monde est d’accord, pourvu que l’on parte. Notre petit peloton s’ébranle dans la nuit. Seb et Micka discutent devant, Fabrice et moi échangeons sur notre objectif commun de printemps, le Semi des Pyramides. Passées les dernières maisons du hameau des Sièyes, les frontales s’allument. L’ascension vers Courbons commence en silence. La route est gelée, et nos semelles crissent sur le givre. Au fur et à mesure que nous grimpons, un ballet de lucioles s’allonge sur le chemin. Les filles sont à la peine, mais s’accrochent derrière. Fabrice est à l’aise, fendant la campagne loin devant, où l’on distingue à peine sa lumière dans un lacet. C’est la pleine lune, et l’astre illumine les sommets alentours de son aura fantomatique. Je devine dans mon halo de lumière nids de poule et galets, m’aidant du balancier de mes bras pour négocier cette côte. L’ascension est longue, les virages se succèdent sans fin. Le souffle est court, et je me prends ma propre buée dans le visage. Bientôt le sommet. Je retrouve mes camarades, exténué. Je reprends mon souffle, les mains sur les genoux. Quelques minutes s’écoulent, nous arrivons les uns après les autres, puis Guy ferme le peloton, avec Emilie. Il s’exclame : “Bravo Emilie ! Tu es belle dans le noir !” Eclat de rire général. On reparlera de cet épisode tout l’hiver. Nous redescendons vers Digne. L’humidité de la Bléone nous rattrape, tandis que nous rejoignons le parking. Le thermomètre de la voiture affiche -6°C. Mais j’ai chaud dans mon coeur.

Décembre 2016
Compteur :  15 Activités
Distance: 153,56 km
Temps: 14:15:27 h:m:s
Gain d’altitude: 1.170m

Janvier 2017Janvier 2017

Nous marchons le long du port de Nice. Invités à intégrer la team BiocBon pour la Prom’ Classic demain, nous venons de retirer nos dossards et nous sommes retournés à l’hôtel les épingler à nos T-shirts. Il est encore trop tôt pour diner, et d’un commun accord, Carole et moi avons décidé de faire un tour en ville. 6 mois ont passé depuis l’attentat du 14 juillet, et la ville a revêtu ses habits de lumière. Les parcs sont illuminés de biches, igloos et autres pingouins en fils d’acier bardés de leds multicolores. Les vitrines rivalisent d’imagination pour attirer le regard, et les guirlandes embrasent rues et boulevards de mille feux. Aux terrasses des restaurants, les serveurs s’affairent à dresser les tables pour le service du soir. Il est un peu tôt pour dîner, mais Carole connaît un restau italien sympa où nous pourrons déguster sans difficulté notre ration de pâtes pour la course de demain. Nous ne veillerons pas tard de toute façon, histoire d’être couchés tôt pour être en forme au matin. Premiers clients arrivés, nous nous installons en bordure de terrasse, à deux pas de la Promenade des Anglais, déserte. J’ai du mal à imaginer que cette célèbre avenue était, il y a 6 mois de cela, une véritable scène de guerre. Et pourtant… Carole choisit des spaghettis aux fruits de mer, tandis que j’opte pour les lasagnes. Quelques minutes plus tard, le serveur m’apporte un plat gargantuesque, que j’aurai peine à terminer. La salle est bientôt bondée. Les conversations sont joyeuses, les rires fusent, les verres trinquent, insouciants. Les niçois n’ont pas perdu l’envie de sortir. Les ténèbres ont envahi la Promenade des Anglais, mais Nice a conservé son envie de vivre, dans la lumière.

Janvier 2017
Compteur : 16 Activités
Distance : 161,39 km
Temps : 15:15:43 h:m:s
Gain d’altitude : 2.042 m

Février 2017Février 2017

Mettre son chrono sur pause le temps d’une photo. Le running permet ce luxe unique de pouvoir s’arrêter quand bon nous semble pour immortaliser un superbe coucher de soleil. J’aime ces moments magiques où les dernières lumières du jour luttent contre la nuit naissante, où le ciel s’embrase et colore de rose les sommets au dessus de la ville. Le runner devient alors le maître de la nuit, la rue lui appartient, à l’heure où les autres rentrent chez eux et se calfeutrent derrière leurs volets. Les faisceaux des frontales traversent les ruelles, et mêlent leurs lumières à l’aura des réverbères. Les bandes réfléchissantes des tenues luisent dans la nuit, donnant une allure surréaliste aux héros qui les portent. On ne distingue plus les visages, ni la douleur dans l’effort. On ne distingue plus le cadre ou l’ouvrier. Il n’y a plus que des athlètes. Il n’y a plus que des respirations rythmées et des foulées saccadées. Enfin, les corps s’étirent et évacuent le stress du jour. Il est temps de fermer la parenthèse et de rentrer chez soi. Puis la nuit fait un pas encore. Tout à l’heure, tout écoutait. Maintenant nul bruit n’ose éclore. Tout s’enfuit, se cache et se tait. (Victor Hugo)

Février 2017
Compteur : 17 Activités
Distance : 159,92 km
Temps : 15:07:35 h:m:s
Gain d’altitude : 1.724 m

 

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